Rencontre avec Benoît Baume, fondateur de Fisheye

Publié le 2 juillet 2020 – Par Baptiste Thevelein

Benoit Baume est le fondateur de Fisheye. Depuis 2013, il a créé autour d'un magazine dédié à la jeune création photographique un ensemble d'activités de production et de diffusion qui en font une marque forte dans le secteur.


Qui êtes-vous et que faites-vous ?

Je m’appelle Benoit Baume, j’ai 42 ans. Après des débuts à Libération, j’ai dirigé la rédaction de Images magazine avant de fonder Fisheye en 2013. Ce magazine est né du constat de l’absence de représentation de la jeune génération de photographes dans la presse et de l’envie de créer du lien avec les communautés de talents foisonnants et internationaux qui découvraient à travers Internet, et notamment sur Instagram, un moyen de partager leur passion pour l’image. 
D’emblée, Fisheye s’est imposé sous deux formes, l’une papier avec une ligne éditoriale où les tests techniques et les grands noms de la photographie s’éclipsent pour laisser place aux jeunes auteurs, aux nouveaux récits et à des formes hybrides, et la seconde sur Internet avec un site internet qui a été pensé, non pas comme un ersatz du magazine papier, mais comme un média à part entière avec tout ce qu’implique une publication web en réactivité et diffusion.
 Aujourd’hui, le média se porte bien avec six journalistes, et nous sommes extrêmement fiers de la communauté très engagée autour de nos projets. Fisheye, après 7 ans, s’est imposé comme le support de référence centré sur la photographie et les photographes, en adéquation avec un lectorat très engagé et tout aussi passionné que nous, comme je peux le constater parfois très loin de notre rédaction du 11e arrondissement, en Italie, en Chine, aux États-Unis ou sur Instagram. L’une de nos forces est l’utilisation de notre hashtag #fisheyelemag qui a dépassé 1,1 million de mentions avec une qualité impressionnante. Cela montre à quel point notre audience est créative, connectée et en phase avec notre époque.

Autour d’un magazine photo, vous avez construit des activités diverses : agence, galerie, VR… comment celles-ci se rattachent-elles à votre projet éditorial ?

En effet, le magazine s’est avéré être le point de départ d’une aventure entrepreneuriale intense mais nécessaire tant le monde de la presse était dores et déjà précaire à la création du magazine. Autour des compétences d’une trentaine de salariés, nous avons construit différents pôles d’activité interdépendants qui bénéficient d’expertises fortes dans l’édition, l’ingénierie culturelle, les réseaux sociaux, l’immersif et la production photo/vidéo. 
C’est ainsi que sont nés avec le temps divers magazines que l’on édite pour d’autres comme le groupe FNAC-Darty, en parallèle du magazine Fisheye, de hors-séries et d’une maison d’édition avec laquelle nous avons notamment édité et publié Maurice, Tristesse et Rigolade de la jeune photographe belge Charlotte Abramow, et très récemment Fisheye Photo Review 2020.21 où 427 photographes ont collaboré pour rassembler au sein d’un même ouvrage un an de curation. 
Nous sommes également à l’initiative de deux festivals, l’un centré sur la réalité virtuelle qui se déroule en parallèle des Rencontres d’Arles et qui sera, cette année, présenté à la Gaîté Lyrique. Le second Paris Expériences Photo (PEP), dont la première édition est en ce moment visible dans 11 stations du métro parisien à l’invitation de la RATP. C’est la première fois que seront visibles autant de jeunes auteurs de la photographie directement dans l’espace public. Nous avons aussi une galerie, forte de deux espaces à Paris et à Arles, qui fêtera ses quatre ans en octobre et qui nous offre la chance de promouvoir les auteurs sur le marché de l’art, de Londres à Amsterdam en passant forcément par la célèbre foire Paris Photo en novembre. 
L’Agence Fisheye est, elle, au service de grands groupes comme aujourd’hui OrangeBNP Paribas, Leica, que l’on accompagne dans leur communication que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans des projets artistiques pointus. On a notamment installé l’œuvre Retour aux Sources dans les crayères de Ruinart en septembre 2019 qui va monitorer le vivant en temps réel pour les 10 prochaines années.
Nous sommes également très présents dans la production photo/vidéo. Juste avant le confinement, nous avons assuré toutes les prises de vue dans le cadre d’Une journée pour soi pour le groupe LVMH et le Secours populaire, une expérience hors norme à Versailles avec une centaine de participantes, vingt photographes, dix retoucheurs et une belle équipe vidéo. Vous me demandiez comment tous ces projets se rattachent à notre projet éditorial, je pense que toutes les compétences que nous mettons au service des autres, nous les utilisons et les testons en permanence pour nous-même, nous assurant une expérience. Je crois que nous aimons explorer les questions liées à l’image et à la culture autour de nous.

« Notre audience est créative, connectée et en phase avec notre époque »

Avec l’Agrandisseur Fisheye, vous permettez à de jeunes projets de bénéficier d’un accompagnement adapté, quelle était votre volonté derrière ce projet ?

L’Agrandisseur est un projet qui m’est très cher, il s’agit d’un incubateur de start-ups innovantes dans le domaine de l’image et de la culture, qui accompagne aujourd’hui quatre jeunes entreprises, Blinkl (réalité augmentée sans appli), Art of Corner (photogrammétrie dédiée aux visites culturelles), Komito (activation des réseaux sociaux lors d’événements) et Spotr (découverte des meilleurs lieux urbains pour shooter). À mon sens, comme lorsque l’on a commencé le magazine en s’intéressant à ce qui se passait sur Instagram, il est primordial de soutenir les innovations. Aujourd’hui, via l’Agrandisseur, nous pouvons les accompagner en leur faisant profiter de toutes nos compétences et notre réseau pour porter leurs projets.

Comment vos équipes et vos projets se sont-ils adaptés à la crise sanitaire, et notamment à la période de confinement ?
Comment l’année 2020 bouleverse-t-elle vos objectifs ?

Même après 7 ans, nous avons toujours un fonctionnement de jeune entreprise portée par des gens très impliqués avec de grandes capacités d’adaptation. Très vite, nous avons adopté comme beaucoup des réflexes pour échanger à distance et conserver une activité minimale sur les sujets clefs. Pour la première fois depuis sa création nous n’avons pas pu publier notre n°42 mai-juin et il sortira la semaine prochaine (prolongeant les abonnements de la même durée), mais parallèlement ce temps de latence, nous a permis d’offrir nos numéros épuisés en version numérique sur notre store en ligne. Une démarche plébiscitée, qui a été maintenant élargie à la quasi-intégralité de nos titres. 
Nous avons conservé plusieurs habitudes prises pendant le confinement qui ont incité les équipes à davantage communiquer entres elles. 
Évidemment, c’est une période qui est compliquée et nous axons notre stratégie d’entreprise vers beaucoup plus de digital, un secteur dans lequel nous avons des bases solides qui nous aideront à continuer à nous développer pour traverser les mois à venir. 2020 ne sera pas une année aussi flamboyante que prévue mais 2021 s’annonce très bien si de nouvelles catastrophes ne viennent pas nous percuter.

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